Hommage de Samuel PEFOURA l'ami

L'humilité était chez lui une seconde nature

sam-avline-et-nono.jpgMonsieur Ekwabi Noël, Brother, 

« Avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné » permet moi de partager ces lignes…

Kika kata koto kata’a… Eh oui, Bro tu ne seras plus là pour me donner la réplique. Mais ce n’est pas grave car toi-même tu sais. Nous avons préparé la relève.

J’ai eu la grâce et l’insigne honneur de rencontrer Noël  Ekwabi par un pur hasard, et cela grâce à un ami, ami et voisin d’enfance de Papa  oël qui se reconnaitra en lisant ces lignes. Dès notre première rencontre, la complicité  s’est installée, la fraternité aussi.

Nos parents allaient tout de suite aussi mutuellement nous adopter, ma mère pour Noël et Maman Ekwabi pour moi.  Pour les sœurs de Noël, je suis devenu le grand frère et elles mes petites sœurs. Maman Ekwabi quant à elle, ne me lâchera plus ma main, elle avait trouvé un autre fils.

C’est ainsi, qu’elle me racontera des blagues et autres anecdotes sur  Papa Noël, sur son enfance, son arrivée en France pour faire des hautes études scientifiques, sa touche à la Commanderie, etc. Eh oui ! Noël Ekwabi a flirté avec l’OM avant de se retrouver au conservatoire de Marseille.

 

Je me souviens d’un concert de Manu Dibango au début de ce siècle. Madame Ekwabi tenait à ce que je reste à ses côtés durant le concert, entouré de tout le clan Ekwabi, tonton « Boss » en tête, tout au long du concert.

Sur la scène, le soul Makossa Gang était dirigé avec MAESTRIA par Noël Ekwabi, chef d’orchestre émérite. Par sa prestation, il tenait la dragée haute à n’importe lequel des chefs d’orchestre les plus expérimentés.

Le son était pur, et la guitare classique, celle du complice des bons et des mauvais jours du grand Manu Dibango, j’ai nommé, Jerry Malekani Bokilo, de regrettée mémoire, a « atomisé » la foule. Papa Noël était là, bien en place et le public en liesse jubilait. Entre les applaudissements et les youyous, l’on pouvait entendre, « Yes, la basse c’est l’affaire des Camerounais ! Ce bassiste là est un digne fils du Kamer ». Oui, Papa Noël est  pur produit  de la basse Camerounaise. Un lion indomptable de la basse.

Ce soir-là, Madame Ekwabi m’a expliqué la basse, les placements  des doigts et les frappes de la main droite de « Papa Nono » comme elle appelait si affectueusement son fils. Elle anticipait même sur certains des gestes de son bassiste de fils. Elle semblait maitriser non seulement son enfant, mais aussi l’art qu’exerçait ce dernier. A chaque pause, Madame Ekwabi me parlait de son « papa Nono », de son enfance, son adolescence, sa profession. J’assistais ainsi à une pléiade de  spectacles en un : celui que me donnait en privé Madame Ekwabi, celui du grand Manu Dibango, celui du public, et enfin le spectacle du Soul Makossa Gang. Noël Ekwabi avait électrisé la foule.

 

A la fin du spectacle, Papa Noël avait tenu à me présenter nommément, autour d’un repas, un groupe de jeunes, fine fleur de la musique Camerounaise. Je découvrais ainsi le groupe Macase, avec un certain Blick Bassy, avec Cori, Serge Maboma et un autre plus discret ce soir-là : Koppo.  Ces jeunes gens étaient ses protégés.

Pendant que l’on dînait, je repassais sans cesse, le film de la soirée, la simplicité, la générosité, les explications et surtout la parfaite connaissance musicale de Madame Ekwabi. J’ai compris en une soirée qui était Papa Noël et perçu de qui il tenait son amour pour la la musique et pour sa profession. Papa Noël, une fois la basse rangée, était un homme gai, humble, généreux, et blagueur. C’était un professionnel hors pair et un incroyable travailleur. 

Papa Noël était l’humilité même. Jamais, il ne prononçait un mot dans le but de blesser l’autre. Il n’élevait jamais la voix pour s’adresser à un vis-à-vis.  C’était un homme qui  écoutait beaucoup et parlait peu.

Il aimait profondément sa famille, en commençant par « Mamou » bien sur. L’humilité était, chez Monsieur Noël Ekwabi, une seconde nature. Je pense que dans une autre vie, le prénom du bassiste Ekwabi était « Humilité ».

En famille, Papa Noël était un homme affable et d’une simplicité déconcertante. Il était toujours souriant, plein de vie et un rien philosophe. Noël Ekwabi était pour moi un frère et un confident.

 

Il n’avait pas tardé à me présenter, « Mamou », sa tendre moitié. Avline, oh non, « Mamou », était son roc, sa complice. Elle aussi, allait m’accueillir avec chaleur, m’ouvrant la porte de leur foyer comme on l’ouvre à un beau-frère.

J’ai eu la grâce de connaitre ce couple et nous avons passé ensemble des moments magnifiques et intenses.  Le courage d’Avline Ava et son soutien à Papa Noël forcent le respect. Ils auront été d’un bout à l’autre admirables. Bravo Avline et merci. Courage à toi, ma sœur.

Au moment où j’écris ces lignes, larmes plein les yeux, j’ai une pensée spéciale pour les enfants de Papa Noël, pour sa maman, effondrée par le départ subit de son fils chéri, pour ses frères et sœurs, pour son complice Jay Lou Ava,  et bien entendu Avline Ava, l’épouse.

Papa Noël aimait la musique, la bonne musique, la vraie musique. Il avait une prédilection pour le «  High life », genre musical West Africain dont Fela Kuti fut le chantre. C’est ainsi que des soirées entières, on écoutait du « High life » pur et dur. Un vrai plongeon dans les racines de nos cultures. Papa Noël aimait que l’on écoute ses œuvres avec une oreille critique. C’est ainsi qu’il me faisait écouter ses créations, attendait mes critiques. Quelquefois je découvrais avec surprise voire avec stupéfaction que dans certains de ses produits finis, Noël avait tenu compte de certaines de mes critiques ou suggestions.

Papa Noël tu t’en vas. Avec qui passerai-je encore des heures au téléphone ? Que vais-je dire à nos mamans et à nos enfants ?

Et nos combines Bro ? Nos projets… ?  Qui m’aidera encore à comprendre et à aimer la musique ?

 

En Décembre 2011, nous avions eu une forte discussion Bro, car je ne voulais pas que tu ailles au Cameroun au vu ton état de santé que nous savions fragile. Tu m’as répondu avec ton sérieux légendaire: « Bro, la musique c’est ma vie et j’ai préparé le show. Fais- moi confiance. Si je n’y vais pas, je vais mourir ici. Laisse-moi partir, on fera le point après ».

 

Oui, Bro, tu as eu raison d’y aller, de vivre ta passion et de dire au revoir à ton public, au « Mboa », de prendre une dernière fois dans tes bras Madame Ekwabi, ta merveilleuse et douce maman. Qu’aurais-je dit à Madame Ekwabi si tu étais resté à Eragny sur Ekanté ?

Papa Noël, tu es allé au Mboa et tu as commis une erreur fatale Bro en ramenant le soleil du Mboa que tu as ensuite laissé nous brûler ! Là où tu es désormais, ne joue plus et … «  Fais gaffe au soleil ».

 

« Les morts, en vérité, sont heureux. Ils se sont débarrassés de leur encombrante carapace: leur corps. Les morts ne pleurent pas, ce sont les survivants qui pleurent les morts. Est-ce que les hommes ont peur de dormir ? Bien au contraire, le sommeil est recherché et, à son réveil, chacun dit qu'il a bien dormi. On prépare soigneusement son lit pour bien dormir. Or le sommeil est une mort temporaire; la mort est un sommeil prolongé. Puisque l'homme meurt ainsi tandis qu'il vit, il n'a pas besoin de pleurer le décès d'autrui. Notre existence est évidente, avec ou sans corps physique, dans l'état de veille, le rêve ou le sommeil sans rêve. Alors pourquoi vouloir rester enchaîné dans le corps. Que l'homme trouve son Atman, son Soi immortel. Alors il pourra mourir, devenir immortel et heureux. » Ramana Maharshi.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site